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2026 AUTUMN

Les produits dérivés, nouveau moteur de la K-pop

Alors que les ventes d’albums de K-pop marquent le pas depuis quelques années, les produits dérivés s’imposent comme un nouveau moteur de croissance pour l’industrie. Longtemps réduits à de simples souvenirs destinés aux collectionneurs, ils investissent désormais les univers de la mode et du lifestyle, permettant aux fans de s’immerger directement dans l’esthétique et l’univers de leurs artistes favoris.

À l’occasion de son 10ᵉ _anniversaire, en août 2026, Blackpink a présenté la BLACKPINK HERITAGE COLLECTION, une sélection de MU:DS comprenant notamment cette Pink Moon Jar.
© YG PLUS

Si le terme goods vous est familier, c’est probablement que vous êtes, ou avez été, amateur de K-pop ou de culture populaire japonaise. Au Japon, où les communautés de fans se sont développées très tôt, le mot goods s’est progressivement imposé pour désigner les produits dérivés associés à leurs artistes et personnages favoris. Repris tel quel en Corée, il a d’abord circulé parmi les fans avant de se répandre dans le langage courant. Dans le secteur coréen de la distribution, ces articles sont généralement désignés par le sigle « MD », tiré de l’anglais merchandise. Mais ce terme professionnel n’a jamais vraiment trouvé sa place dans le vocabulaire des fans de K-pop, qui ont continué à leur préférer le mot goods. En 2026, ces produits occupent une place centrale dans l’industrie de la K-pop. Ils représentent désormais un marché à part entière, source de valeur ajoutée et de revenus réguliers.

UN NOUVEAU MOTEUR DE CROISSANCE POUR LA K-POP

Selon les chiffres publiés par HYBE en février 2026, les revenus du groupe tirés des produits dérivés et des licences ont augmenté de 29,1 % entre 2023 et 2024, passant de 325,6 milliards de wons (environ 230,9 millions de dollars américains) à 420,2 milliards de wons (297,8 millions de dollars). La croissance s’est poursuivie en 2025, avec une hausse de 35,8 %, portant ces revenus à 570,6 milliards de wons (environ 404,3 millions de dollars). Cette dynamique ne se limite pas à HYBE. SM Entertainment, YG Entertainment et JYP Entertainment affichent elles aussi une progression de leurs revenus dans ce secteur. Selon un document publié en 2026 par YG Entertainment, le chiffre d’affaires cumulé des quatre géants de la K-pop, communément appelés les « Big Four », dans les activités liées aux produits dérivés et aux licences est passé de 803,4 milliards de wons (environ 568,9 millions de dollars) en 2024 à 1 070 milliards de wons (758,5 millions de dollars) en 2025, soit une hausse d’environ 33 %.

La croissance rapide du marché des produits dérivés de K-pop révèle une évolution qui va bien au-delà des chiffres. Elle contraste en effet avec le recul des ventes d’albums, longtemps principal moteur de l’industrie. Favorisées par l’expansion internationale de la K-pop et l’engouement suscité pendant la pandémie, les ventes d’albums physiques ont franchi pour la première fois la barre des 100 millions d’exemplaires en 2023. Mais depuis ce record historique, la tendance s’est inversée et les signes de reprise se font rares. Pour expliquer ce recul, les analystes mettent notamment en avant deux facteurs : la concentration croissante des ventes sur une poignée d’artistes de premier plan et les pratiques commerciales qui encouragent les fans à acheter plusieurs exemplaires d’un même album. Parallèlement, les préoccupations environnementales liées à la consommation de K-pop se font de plus en plus pressantes. Les critiques dénoncent notamment les déchets plastiques générés par l’achat d’albums que les fans n’écouteront parfois jamais, mais qu’ils se procurent pour améliorer les classements de leurs artistes favoris ou accéder à des événements spéciaux. À cela s’ajoutent les émissions de carbone liées à la fabrication et à l’élimination de ces albums.

Pour autant, l’industrie de la K-pop ne peut abandonner du jour au lendemain un modèle commercial qu’elle a elle-même mis en place, ni revoir de fond en comble sa stratégie de vente d’albums. Face à ce dilemme, une vieille inquiétude refait surface : celle d’une « crise de la K-pop », régulièrement évoquée au cours des trente dernières années, chaque fois que le secteur semblait montrer des signes d’essouff lement. Mais alors que cette crainte menaçait de ressurgir une nouvelle fois, un sauveur inattendu est entré en scène : les goods de K-pop, précisément au coeur de cet article. Ceux qui réduisent encore les produits dérivés de K-pop aux bâtons lumineux, aux photos imprimées ou aux cartes-photo devront revoir leur conception de ce marché. En 2026, celui-ci connaît un véritable âge d’or, marqué par une créativité et une diversité sans précédent, au point de donner l’impression qu’un tout nouvel univers s’ouvre aux fans.

Conçu par HAUS ARDORYOUTH dans un esprit funky inspiré des groupes de rock, ce produit officiel a été réalisé pour la première tournée solo de Jin, membre de BTS, organisée de juin à août 2025.
© HAUS ARDORYOUTH

LES BOUTIQUES ÉPHÉMÈRES, BIEN PLUS QUE DES POINTS DE VENTE

Cette version du premier album studio d’aespa, Armageddon(2024), réunit le lecteur CD et l’album en un seul objet, faisant de l’expérience d’écoute une partie intégrante du concept de l’album. Cette édition a rencontré un immense succès : la première vague de précommandes s’est écoulée en seulement 90 minutes.
© SM Entertainment Co., Ltd.

Le marché des produits dérivés de K-pop connaissait déjà une croissance régulière, mais c’est la multiplication des boutiques éphémères dans les années 2020 qui lui a donné un essor spectaculaire. Jusqu’alors, ces articles étaient commercialisés à une échelle relativement modeste, principalement sur les lieux de concert ou dans les boutiques en ligne des agences. L’apparition de grandes boutiques éphémères à l’occasion de la sortie de nouveaux albums ou des anniversaires des groupes a changé la donne, donnant un véritable coup d’accélérateur au marché. Entièrement consacrés à l’univers des idoles de K-pop, ces espaces immersifs offraient aux fans l’occasion de partager leur passion et de renforcer leur sentiment d’appartenance à une communauté. Ils ont également contribué à pallier l’absence de tour nées mondiales, de concerts individuels et de rencontres avec les artistes, annulés pendant la pandémie de Covid-19. Avec le retour des événements en présentiel, l’engouement accumulé pendant cette période s’est pleinement manifesté. Les boutiques éphémères consacrées aux groupes les plus populaires attiraient alors parfois plus de 100 000 visiteurs.

À mesure que les boutiques éphémères se transformaient en lieux où les fans pouvaient s’immerger dans l’univers et l’histoire de leurs artistes favoris en faisant appel à tous leurs sens, les produits dérivés ont pris une importance croissante. Au même titre que la qualité de la musique, les performances scéniques ou les contenus numériques mettant en scène les idoles, le soin apporté aux produits dérivés est devenu un élément essentiel de l’image des artistes. Les agences ont ainsi commencé à accorder autant d’attention à leur conception qu’à l’univers artistique des albums ou à l’identité visuelle des groupes. NewJeans a marqué un tournant dans cette course à la créativité. Lors de ses débuts en 2022, la scène K-pop était encore largement dominée par des performances débordantes d’énergie. Le groupe s’est alors distingué par une approche accordant autant d’importance à la musique qu’à l’esthétique.

Les exigences des consommateurs ont évolué en conséquence. L’époque où les fans achetaient sans hésiter un article simplement parce qu’il portait le visage ou les initiales de leur idole est révolue. Désormais, ils attendent aussi de leurs artistes préférés des produits de qualité. Lorsqu’un article se distingue par son originalité et sa qualité, il peut susciter l’intérêt et faire parler de lui bien au-delà de la communauté de fans concernée. La collaboration entre NCT et Sanrio, société à l’origine du célèbre personnage Hello Kitty, en est un bon exemple. Les articles issus de ce partenariat rompent avec les codes habituels des produits dérivés de K-pop. Le Sserafim a suivi une démarche similaire en proposant une ligne de vêtements au style sportif et tendance, bien éloignée des articles traditionnellement destinés aux fans. Jennie, membre de Blackpink, est allée encore plus loin en mettant gratuitement à disposition, à l’occasion de la Journée du hangeul, le 9 octobre 2025, une police de caractères coréens baptisée Zen Serif. Autant d’initiatives qui montrent combien il devient difficile de délimiter aujourd’hui ce que recouvre le terme goods.

(gauche) Conçus pour des pop-up stores organisés dans le monde entier, ces produits célèbrent le succès international du titre APT de Rosé.
(droite) Ce porte-clés reprend des éléments présents dans le clip de l’album DREAM( )SCAPE (2024) de NCT Dream.
© Crystal Studio_for fdcrp

QUAND L’ALBUM LUI-MÊME DEVIENT UN PRODUIT DÉRIVÉ

Associant l’univers d’Illit à la poupée Little Mimi de Mimi World, cette édition spéciale du premier album single du groupe, Not Cute Anymore (2025), a été conçue avec la participation du label BELIFT LAB et du collectif créatif Typefounder.
© BELIFT LAB Inc. ; avec l’aimable autorisation de Typefounder

L’une des tendances les plus marquantes consiste aujourd’hui à faire de l’album lui-même un produit dérivé. Des groupes comme NewJeans et Shinee ont été à l’avant-garde de cette évolution. Le premier EP de NewJeans, New Jeans (2022), était notamment proposé dans un emballage en forme de sac rond à bandoulière, disponible en trois couleurs : noir, blanc et rouge. Un concept qui a séduit aussi bien les fans du groupe que les amateurs de mode. De son côté, Key, membre de SHINee, s’est distingué par son souci de faire de l’emballage une partie intégrante de l’univers artistique de ses albums. Son mini-album Bad Love (2021), à l’esthétique inspirée des grands classiques de la science-fiction comme Star Wars et Star Trek, était présenté dans un coffret en forme de pistolet à rayons. L’année suivante, avec Gasoline, il reprenait les codes visuels des cassettes VHS et des disquettes. En revisitant ces objets emblématiques d’une époque révolue, Key affirmait une identité visuelle singulière.

L’inventivité des artistes ne cesse de surprendre les fans de K-pop, chaque nouvelle sortie d’album apportant son lot d’originalité. En 2024, l’un des exemples les plus remarqués a été Armageddon, le premier album studio d’aespa, proposé notamment dans une version prenant la forme d’un lecteur CD. Malgré son prix élevé de 145 000 wons (environ 103 dollars américains), cette édition a suscité un tel engouement que trois vagues de précommandes ont été organisées. D’autres artistes ont suivi cette tendance. L’album The Decade (2025) de DAY6 était accompagné d’une véritable paire d’écouteurs, tandis qu’une édition de Panorama: The Best of Taeyeon (2025), de Taeyeon, membre de Girls’ Generation, comprenait une enceinte Bluetooth en forme de microphone. De son côté, le groupe féminin Illit a mis à l’honneur Little Mimi, une poupée très populaire en Corée, dans son album Not Cute Anymore (2025). Quant à Le Sserafim, il a choisi d’inclure une balle antistress dans Spaghetti (2025). Deux initiatives qui témoignent de la rapidité avec laquelle les artistes s’emparent des nouvelles tendances. Alors que les porte-clés ornés de petites peluches sont devenus des accessoires incontournables sur les sacs, NCT Wish s’est également démarqué avec Wichu, sa mascotte ailée en forme d’étoile, apportant une touche d’originalité à la tendance des albums présentés sous forme de poupées à l’effigie de personnages.

En définitive, le succès des produits dérivés de K-pop repose avant tout sur leur pouvoir de séduction. Sur ce marché devenu extrêmement concurrentiel, l’esthétique joue désormais un rôle déterminant. L’époque où les fans achetaient les yeux fermés tout ce que proposaient leurs artistes favoris est révolue. La hallyu, ou vague coréenne, rassemble aujourd’hui plus de 200 millions de fans à travers le monde. Or, ces derniers cherchent de plus en plus à exprimer leur appartenance à une communauté sans nécessairement afficher ostensiblement leur attachement à un artiste. Ils sont également fiers de faire partie de communautés qui se distinguent non seulement par leur nombre de membres, mais aussi par leur sens de l’esthétique. Dans ce contexte, les marques ne peuvent plus se reposer uniquement sur la notoriété des artistes et l’exploitation de leur image, sous peine de se laisser distancer par la concurrence.

Kim Yoon-ha critique de musique populaire

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